Ursula Caruel entre sève et écorce

« Les vrais artistes sont des arbres. Lorsqu’ils sont debout, leurs ombres s’étirent dans la même direction. Les arbres sont nos dents, ils sont nos voix, ils sont nos âmes et nos cerveaux. Ils nous appellent à rejoindre leur racine et à toucher le ciel avec nos cheveux.

Les arbres sont notre volonté. Ursula Caruel le sait. Elle incise sa peau et écrit avec son sang sur un silence que nous ne connaissons pas. Ursula Caruel entend parler les arbres et ses bras. Le bois qu’elle utilise pour nous appeler est notre soif.

Ses lignes, ses cercles, ses étoiles sont la coupe et les copeaux que nous faisons pour nous regarder. Ursula Caruel sait que l’intérieur d’un arbre est notre miroir absolu. Ursula Caruel ne compte pas l’âge des forêts avec leurs cercles, mais c’est leurs rondes de sorcières qui nous délivrent de nos âges vers l’infini.

Ursula Caruel prie les arbres, car elle est une branche, une sève, une prêtresse végétale. Elle est un dessin d’arbre. Elle a un oiseau au bout des doigts, une écorce sous les ongles, un nid de verre et de joie. Elle sait qu’un arbre est une parole.

Ursula Caruel trace la parole du logos. C’est son travail.

Son dessin précis et habité de cris est un poème qui multiplie nos doigts et nos mains. Il nous habite comme une forêt qui soudain va se mettre en marche. Elle fait de nous des témoins rangés comme des poteaux.

Ursula Caruel est un arbre qui nous regarde. Elle est un cercle. Elle est notre hypnose. Les racines qu’elle fait descendre du ciel nous invitent à monter toujours plus haut vers le grand arbre de l’univers qui nous demande d’exister. »

Serge Pey, avril 2017

Grand prix national de Poésie 2017